Vendredi 31 octobre 2008
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L'anthologie : un recueil de rencontres littéraires. Elle est subjective, inévitablement. A moins bien sûr d'œuvrer pour les
manuels scolaires... Et encore ! Ci-dessous : des poèmes que j'aime, écrits par des poètes que j'aime, lus en circulant dans des recueils ou des revues que j'ai aimés. Les poètes présents ici
sont nos contemporains : vous n'y trouverez pas Prévert, ni Musset, encore moins Ronsard. Inutile de vanter les monuments et les morts les plus célèbres !
L'INNOCENT
La moitié de lapin qui dormait dans
l'herbe
après l'orgie (l'autre moitié
Dans le ventre d'un chat) gardait l'oeil
ouvert,
le museau naïf, tout émerveillé
D'avoir poussé la porte du clapier.
Guy Valensol (1998)
Relire et s'écouter à la lumière
du silence.
Des phrases où la pensée n'étaie
que structures du rêve.
Derrière d'éblouissantes images,
l'ombre du poète
que j'aurais aimé devenir.
Jacques Canut (1997)
CHARADE
Mon premier a des dents !
C'est le vent !
Mon deuxième a des dents !
C'est l'ondée !
Mon troisième a des dents !
C'est l'édenté !
Et mon tout frétille dans la scie du peuplier.
Armand Olivennes (1995)
La veste tombée
Au pied de la patère
Petit tas chaud de toi
Jean-Pierre Poupas © Ed. Traces, 1997
Le poème sculpte.
L'intérieur de ma paume.
Il tient l'arc.
Et les flèches.
De ma chair il tire.
Il ne vise pas. Ne cherche pas.
La cible.
Tout juste tient-il la ligne.
Au delà de l'oeil.
Jean-Michel Bongiraud © Editinter, 1998
LE NÉNUPHAR
quelle histoire
a dit Grellule
à Libenouille
le nénuvers
flotte à l'emphar
Patrick Joquel © Solos Production, 1998
Le poème dit toujours plus. Il déborde son objet.
Comme le temps, il te fait le paladin d'un mythe dont ton être de de chair n'est que l'en-deçà.
Les revers de la Mémoire sont
surprenants.
Preuve que le Verbe est vivant et permanence de la
création.
Silvaine Arabo © Editinter, 1999
ORPHELIN DES SPHÈRES
on a détruit tes ruches
le miel s'est renversé
et les abeilles se sont envolées
des campagnes
Orphelin des sphères inhabitées
il vaut mieux quitter le vieux pays
il vaut mieux partir dans un chemin creux
sous un ciel parallèle aux routes, vers une plage
qui s'émerveille de tout
ce qu'elle reflète
Emmanuel Berland © Editinter, 2000
LE DIT DE L'OISEAU
Homme atterré
homme pesant aux mains excessives
toi qui, comme nous, passes,
ne te fie pas à tes seules réponses
oublie les bornes de ta raison.
Ta chair, la nôtre, sont chairs
d'univers. Rends-toi
et t'allège !
Quand saisi par le souffle
tu te tairas enfin, goûte
ce que tu nommes silence :
l'immense rumeur du monde...
Françoise Valencien © Editinter, 1997
FERMETURE
rien ne mûrit
qui ne pourrit
sur nos lèvres
il fait nuit
sous nos livres
le jour se terre
au faîte de l'âge
la fête absente
et dans l'espace
le vertige de l'espèce.
Georges Cathalo ©Texture, 1989
Décoder les subtilités
du subjonctif imparfait
dans la somnolence
d'un après-midi d'été.
Les yeux se brouillent,
se fatiguent
et puis se posent
sur les branches du platane.
Chantal Couliou © le dé bleu, 1999
OISEAUX
l’exil s’en va ainsi dans la mangeoire des astres
portant de malhabiles grains aux oiseaux nés du temps
qui jamais ne s’endorment jamais
aux espaces fertiles des enfances remuées
Aimé Césaire © Omnibus, 2009